Mon mariage blanc

Mon mariage blanc

Héla,31 ans,architecte

Mes amis savent que je suis homosexuelle, mais pas ma famille. Du coup ma vie est difficile car je souhaite faciliter celle de ma mère. Elle m'a mis la pression en me disant qu'il fallait fonder une famille, faire des enfants... Si bien que j'ai cherché une solution et que j'ai décidé de me marier avec un gay pour que ma mère puisse avoir devant les yeux le tableau qu'elle souhaite voir. J'ai cherché quelqu'un avec qui me mettre d'accord pour un tel arrangement, en me disant que de toute façon si je souhaite avoir un enfant, le faire sans être marié aurait été difficile. Il y aurait eu un scandale. C'est impossible d'être lesbienne et d’avoir un enfant seule. Donc j'ai cherché quelqu'un avec qui faire un mariage blanc. C'est du théâtre en fait. J'ai raconté à ma mère que j'avais rencontré quelqu'un, qu’il était sympa et que j’allais me marier. Elle ne m'a même pas demandé si je l'aimais. Elle était contente que je me marie. C’est tout.

Mon plan, c'est que lorsque j’aurais envie d’avoir un enfant je ferai appel à un donneur anonyme, puisque je vis à l'étranger. Ensuite je dirai à tout le monde que mon couple ne fonctionne plus et que l’on divorce. Devant tout le monde j’aurais été mariée et donc l’enfant ne pourra être que celui de mon mari... ça fait presque un an que je suis mariée maintenant, avec mon "mari" nous n'habitons pas ensemble, mais personne ne le sait. C'est le plus gros mensonge que j'ai dû raconter dans ma vie. Et c'était très dur pour moi. Psychologiquement c’est très dur, car en réalité je m'assume. Mais le fait de devoir mentir, car je ne viens pas d’un pays vraiment libre, pour moi, c'est presque comme un viol.

En fait c'est presque comme si j'étais une criminelle, alors que ce n'est pas le cas. C'est juste que je n'aime pas les hommes, je préfère les femmes. Mais en Tunisie, mon amour est un crime. Alors que c'est le contraire, c'est de l'amour. Moi, j'ai cherché une solution pour que tout le monde soit heureux et qu'il n'y ait pas de victime. Mais aussi pour avoir une "apparence sociale" quand j'aurais un enfant. Je sais que le chemin que j’ai choisi va être très long. Les mensonges ne vont jamais s'arrêter. Sauf avec mon enfant, à qui je ne mentirai pas.

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